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EURO 2008

Espagne

2007-2008
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GRANDS COMME L'ESPAGNE
Par Cédric ROUQUETTE, à Vienne

Trois joueurs espagnols se sont révélés au grand public au cours de cet Euro, différents par l'âge, le poste et leur registre, mais tous indispensables : Marcos Senna, David Silva et Carlos Marchena.
Marcos Senna et Carlos Marchena ont été les piliers de la Seleccion. (L'Equipe)
 
Marcos Senna et Carlos Marchena ont été les piliers de la Seleccion. (L'Equipe)

MARCOS SENNA, le régulateur : Vu d'en haut, sa morphologie et sa gestuelle font penser à Olivier Dacourt. Le joueur de Villarreal, dans ses meilleurs moments, a offert un «trois-en-un» qui aurait intéressé Raymond Domenech : le sens du placement et la sobriété de Makelele, le sens du combat de Toulalan, la capacité à perforer le rideau adverse de Vieira. Jusqu'ici, il était connu comme le premier Brésilien de naissance à avoir été retenu en sélection espagnole. Lui collait aussi à la peau un contrôle positif à deux stéroïdes et une suspension de deux mois, en 2004, dont il a toujours nié le bien-fondé. Il restera comme la plaque tournante de la plus belle équipe d'Espagne de l'histoire. Son chef d'ouvre dans le tournoi aura été le quart de finale contre l'Italie (0-0, 4-2 t.a.b.). Monstrueux de justesse et de précision, il ne lui a manqué qu'un but. Sa belle frappe de balle le méritait. Senna se rêvait milieu offensif comme Zico, il fut reconverti défenseur central au Brésil. Il réalise, avec son poste actuel, la synthèse de tous ses apprentissages, à trente-et-un ans. «Mon rôle est de soulager les défenseurs centraux. J'ai joué à ce poste : je sais la confiance que cela procure d'avoir un milieu qui te protège.» L'Europe l'avait découvert en 2006. La demi-finale de Villarreal en Ligue des champions lui avait ouvert les portes de la sélection, un mois après sa naturalisation. Lyon, alors, s'était positionné au moment du départ de Mahamadou Diarra. La deuxième place de Villarreal en Liga cette saison l'a aidé à devenir le successeur d'Albelda, l'homme de confiance d'Aragones jusqu'à ses démêlés avec Valence fin 2007. Plusieurs grands clubs d'Europe se sont penchés sur le cas de ce garçon. Michael Ballack s'en souviendra comme d'un symbole de cette Espagne qui ne doute de rien : c'est sur un duel aérien avec Senna, 1m77, qu'il s'est ouvert l'arcade en finale.

DAVID SILVA, l'explosif : Il est difficile d'imaginer les superlatifs qui auraient accompagné le cadet de l'équipe avec Sergio Ramos, âgé de vingt-deux ans, si son jeu n'avait pas connu, dans cet Euro, le déchet induit par son manque d'expérience, sa fougue et son incessante mobilité. Façonné par le FC Valence après un essai non concluant au Real Madrid, David Silva, originaire des Canaries, grandit depuis, sans s'arrêter. Un statut de vedette dans les catégories de jeunes (meilleur joueur de l'Euro des moins de 19 ans en 2004), un prêt à El-Biar (2004-2005), un autre au Celta Vigo (2005-2006, l'année de la relégation), un retour à Valence où il fait son trou en équipe première jusqu'aux quarts de finale de la Ligue des champions (en 2007), et finalement la sélection A, «El Chino» («Le Chinois» : il a les yeux légèrement bridés) s'est imposé comme un pion essentiel de l'équipe d'Aragones. A part une personnalité discrète, voire effacée, il semble ne devoir buter contre aucune limite à court terme. Au départ, avec la Seleccion, il était milieu offensif excentré côté gauche. Il est devenu milieu offensif, tout court. Un tel talent ne s'enferme pas. Libre de ses mouvements, il a joué plus souvent à droite qu'à gauche dans les derniers matches de l'Euro. Il les a marqués par sa vitesse, sa déroutante technique en mouvement (contrôles orientés, changements de direction, dribbles) et sa frappe fusante. Son entente avec David Villa est l'un des points forts de la Roja. Là encore, un garçon qui ne devrait pas rester très longtemps dans un club si tourmenté que le FC Valence. Il n'a pas échappé à Pep Guardiola que son jeu est avant tout fait pour se fondre dans celui du FC Barcelone.

CARLOS MARCHENA, le porte-bonheur : Les «compliments» qui escortent aujourd'hui les défenseurs centraux allemands Metzelder et Mertascker ont longtemps été pour lui, sauf qu'il est moins grand : lourd, quelconque balle au pied, trop porté sur la faute. Carlos Marchena, vingt-huit ans, est même passé pour un joueur méchant. Impossible, pourtant, de le voir comme un dur en l'écoutant parler aux journalistes avec la voix la plus posée possible, même après le triomphe, à côté des excentricités latines d'un Villa ou d'un Güiza. Lorsque nous lui avions demandé, ce printemps, le profil de ce joueur, Raynald Denoueix nous avait éclairé : «Il n'est pas excessivement dur, contrairement à sa réputation. Maintenant, il n'a pas une super mobilité, alors il rattrape le coup en faisant certaines fautes quand il est dépassé, ça c'est vrai.» Marchena n'a pas souvent été dépassé, durant l'Euro. La dernière semaine, c'est au contraire sa science du placement, du geste juste et l'efficacité de sa relance qui a été frappante. La veille, Carles Puyol révélait à El Pais qu'il avait beaucoup travaillé pour améliorer son intelligence tactique. Marchena devait être un camarade de promo assidu. La veille toujours, Puyol ne se faisait pas prier pour s'épancher sur son duo avec le joueur de Valence. «Il est très facile de jouer avec lui. Il a avancé malgré les critiques. Toutes m'ont semblé injustifiées. Il a montré que j'avais raison.» Juste avant l'Euro, Marchena avait effectué une passe de la tête à un attaquant du Pérou lors d'un match amical... En tout cas, comme Gallas à une époque, il est le porte-bonheur de la Seleccion, avec une seule défaite en 47 sélections, concédée il y a plus de cinq ans (7 juin 2003, 0-1 en Grèce) et encore, il jouait au milieu. C'est aussi un leader expérimenté, dont l'importance dans le vestiaire est considérable. Membre de la sélection olympique médaillée d'argent à Sydney en 2000, il n'a raté aucune phase finale depuis la Coupe du monde 2002. La finale aurait pu lui offrir un destin. Une intervention très propre suivie d'une passe en profondeur magnifique auraient pu être le déclencheur du but du 2-0.

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