AU BOUT DU SUSPENSE
Par Frédéric ROYNETTE

La bataille du milieu
La dernière fois que l'Angleterre a rencontré le Portugal, Wayne Rooney avait débuté le match en portant sur ses jeunes épaules les espoirs de tout un peuple. Il avait terminé ce quart de finale de l'Euro 2004 (2-2, 6 tab à 5), à l'hôpital, victime d'une fracture du métatarse. La perte du prodige, après vingt-sept minutes de jeu, s'ajoutait à une série, longue de quarante ans, d'épisodes malchanceux pour la sélection anglaise. Pour sa première Coupe du Monde, le huitième de finale qu'il a disputé intégralement dimanche dernier contre l'Equateur (1-0) a permis de constater qu'il se remettait très bien de la deuxième fracture du métatarse de sa carrière. Son début de match, samedi, dans un stade de Gelsenkirchen acquis à la cause du pays de Sa Majesté, avait montré que le gamin d'Old Trafford était non seulement rassuré sur ses capacités physiques mais qu'il supportait également très bien tout le poids et la foi d'une nation. Ses deux frappes quasiment coup sur coup (2e, 9e), attestaient de sa détermination. Même si d'aucuns considèrent qu'il est plus à l'aise dans le rôle d'attaquant de soutien, sa faim de jouer en faisait la meilleure arme de l'équipe et ce, quelle que soit sa position.
Mais laisser tous les espoirs d'un peuple reposer sur un «doux dingue» comme l'a surnommé Jean-Michel Rouet dans les colonnes de L'Equipe ce vendredi, «comme c'était déjà le cas en 1990 avec Paul Gascoigne», comportait un sacré risque. Pourtant, dans cette bataille du milieu de terrain que se livraient les deux équipes en première période, l'un des secteurs cruciaux où Gerrard-Lampard face à Figo-Ronaldo rivalisaient de génie, il était bien difficile pour l'attaquant anglais d'un côté, et Pauleta de l'autre, de toucher beaucoup de ballons. La possession de balle, on ne peut plus partagée (50-50) avant la pause, illustrait à elle seule l'intensité de cette mêlée autour du rond central. Le premier corner de la partie, à l'actif du Portugal, et seulement après quarante minutes de jeu en attestait. Si Rooney, côté anglais, s'agitait tout de même comme un beau «diable rouge», Pauleta, très esseulé en pointe, était littéralement absent des débats lusitaniens.
Blessure de Beckham, coup de sang de Rooney
Dans ce genre de rencontre passionnée et à couteaux tirés, ce sont des coups du sort qui peuvent servir de délibération. Alors que David Beckham devait quitter le terrain prématurément en boitant (52e), avec un visage qui en disait long sur l'importance de sa blessure, Wayne Rooney, dix minutes plus tard, laissait l'Angleterre à dix. Son coup de sang, sur Ricardo Carvalho, lui valait très justement une expulsion. Son compère à Manchester United, Cristiano Ronaldo, insistait même auprès de l'arbitre pour que le directeur du jeu lui inflige la peine suprême. Si les hommes de Scolari sont réputés pour en rajouter après chaque contact rugueux, le coup de pied dans les parties intimes du défenseur de Chelsea méritait bien une telle sanction. Du coup, les Anglais souffraient dans les dernières minutes du temps réglementaire. Les "God save the Queen" se multipliaient, en vain. Dans la fournaise de Gelsenkirchen, la prolongation offrait davantage d'occasions de but mais ni Cristiano Ronaldo ni Peter Crouch, les joueurs les plus en vue, ne délivraient leur camp. C'est finalement aux tirs au but que le Portugal trouvait son salut, bien aidé par les tirs arrêtés de Gerrard, Lampard et Carrragher. Ronaldo, lui, envoyait son équipe en demi-finale du Mondial.












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